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Évitement amoureux

Le mec que je vois ne veut pas s'engager.

Comprendre la dynamique du refus d'engagement, identifier les facteurs en jeu, et faire la part de ce qui se joue dans la relation et de ce qui se joue ailleurs.

Rébecca Lévy-Guillain · 22 février 2025 · 6 min de lecture

Vous voyez quelqu'un depuis plusieurs mois. La relation a tous les attributs d'un couple, sauf le nom. Quand vous abordez la question, ça se ferme, ça se diffère, ça s'esquive. Et vous vous demandez : pourquoi.

La dynamique est souvent la même. Il existe des nuances, évidemment. Mais le schéma qui revient le plus souvent en cabinet est assez identifiable, et il vaut mieux savoir le repérer que rester à se demander si c'est une question de timing, de personne, ou de soi.

La situation

Vous voyez régulièrement cette personne. Vous passez du temps ensemble, vous partagez des moments d'intimité, vous tissez quelque chose. À mesure que le lien se construit, vous commencez à projeter - un week-end ensemble, un voyage, peut-être plus tard, un emménagement.

Mais dès que vous évoquez l'engagement - l'exclusivité, l'avenir, simplement le mot "couple" - la conversation se dérobe. Iel ne veut pas se mettre la pression. Iel a besoin de temps. Iel n'est pas prêt·e. Et quelques semaines plus tard, c'est la même chose.

Ce qui est particulier dans cette configuration, c'est qu'elle peut durer des mois, voire des années, sans jamais basculer. Le lien reste ouvert juste assez pour ne pas se rompre, mais ne se ferme jamais assez pour devenir un engagement.

Dans ce cas, quelques éléments à garder en tête

D'abord : la dynamique n'est pas symétrique. Si l'un·e cherche l'engagement et que l'autre l'évite, ce n'est pas vous deux qui n'arrivez pas à vous décider ensemble - c'est iel qui maintient un statu quo qui vous coûte plus qu'à lui ou à elle.

Le mot "iel" en français inclusif désigne aussi bien un homme qu'une femme. Je l'utilise ici parce que cette dynamique se rencontre dans toutes les configurations relationnelles, pas seulement hétérosexuelles.

Ensuite : le discours du "pas prêt·e" est rarement un état conjoncturel. Il est généralement structurel - c'est-à-dire que la personne en question ne sera pas plus prête dans six mois, ni dans un an. Le délai sert à différer le conflit, pas à résoudre quoi que ce soit.

Enfin : vous n'avez pas à attendre que l'autre soit prêt·e. Vous avez le droit de vouloir un engagement maintenant. Ce n'est pas être trop, c'est savoir ce que vous cherchez.

Comment expliquer le refus d'engagement ?

Les facteurs explicatifs peuvent se combiner. Aucun n'est exclusif, et aucun ne justifie de rester indéfiniment dans la situation.

1. L'évitement de l'attachement

Certaines personnes ont développé, dès l'enfance, un style d'attachement évitant. Elles ressentent le besoin de proximité comme une menace - pour leur autonomie, leur identité, leur sécurité intérieure. L'engagement déclenche un réflexe de retrait, sans qu'elles en aient pleinement conscience.

2. Une économie de la disponibilité

D'autres entretiennent plusieurs relations en parallèle, plus ou moins explicitement. L'engagement les obligerait à choisir, à clore, à renoncer à des options. Tant que le statu quo tient, iels ont leur beurre et l'argent du beurre.

3. Une situation de domination de classe ou de genre

Dans certaines configurations hétérosexuelles, le refus d'engagement n'est pas une posture individuelle, c'est une position sociale. L'homme qui ne s'engage pas profite d'un système où les femmes investissent plus dans la relation, attendent plus, et finissent souvent par accepter moins. Ce déséquilibre est invisibilisé par le récit du "il n'est pas prêt", qui le présente comme une affaire intérieure et non comme un rapport de pouvoir.

Le refus d'engagement de votre partenaire ne dit rien de vous, de votre désirabilité ou de votre valeur.

- Sociothérapie · ce qui se dit en séance

Ce que ça ne dit pas de vous

Quand on traverse cette situation, on tombe presque toujours dans la même boucle interprétative : peut-être que je ne suis pas assez ; peut-être que si j'étais différente, iel s'engagerait ; peut-être que c'est moi qui ai un problème.

Ce mécanisme est très bien étudié. C'est ce que la psychologie sociale appelle l'attribution interne d'un comportement externe - on internalise comme un défaut personnel ce qui relève en réalité de la position de l'autre, ou de la configuration sociale dans laquelle on se trouve.

Le travail en sociothérapie consiste précisément à défaire ce nœud. À séparer ce qui se joue en vous (ce que vous projetez, ce que vous tolérez, ce que vous attendez) de ce qui se joue chez l'autre (sa propre histoire d'attachement, ses bénéfices secondaires) et de ce qui se joue dans le système (le genre, la classe, le rapport au temps).

Quand ces trois plans sont identifiés, la décision suivante devient plus claire : rester, partir, négocier autrement. Mais elle se prend en connaissance de cause, et pas dans la culpabilité.

— Pour aller plus loin —

Travailler ces dynamiques en séance.

Si cette situation vous concerne, on peut la prendre au sérieux ensemble, sans tourner autour.